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  • Photo du rédacteurJessica Bayard

La migration

Dernière mise à jour : 9 mars 2022




Repris de Parlons NATURE, édition de novembre 2019





Bonjour à tous! Même si on se croirait en hiver depuis déjà deux bonnes semaines, eh bien... Selon le calendrier, c'est toujours l'automne!

Alors, je me permets de vous parler d'un sujet plutôt automnal (mais aussi printanier me direz­-vous) : la migration animale!

 

Parlons migration...


Tout d'abord, qu'est­-ce que la migration? On peut résumer ce phénomène écologique par le déplacement d'une population animale qui quitte un milieu ou un climat pour en rejoindre un autre, puis revenir au milieu de départ.


Il ne faut pas mélanger migration et dispersion : cette dernière est lorsque les animaux d'une même population s'éloigne les uns des autres sans direction précise. Cela se produit à l'éclosion des œufs, par exemple, ou à la sortie de l'hibernation pour les espèces qui se regroupent pour hiberner.


On parle de colonisation lorsqu'une espèce agrandit son aire de répartition et colonise de nouveaux milieux. Avec les changements climatiques, de nombreuses espèces modifient leur aire de répartition.


Monarques en migration : Tarnya Hall, CC BY-NC-ND 2.0
Monarques en migration : Tarnya Hall, CC BY-NC-ND 2.0
 

Grand porte-queue : Alan Schierer, Domaine public
Grand porte-queue : Alan Schierer, Domaine public

Saviez­-vous que... Les changements climatiques ont amené une nouvelle espèce de papillon à coloniser le sud du Québec? Il s'agit du grand porte­ queue (Papilio cresphontes), le plus grand papillon diurne d'Amérique du Nord. Depuis l'été 2012, il se reproduit dans la grande région de Montréal, où il trouve une plante indigène dont se nourrissent ses chenilles : le clavalier d'Amérique (Zanthoxylum americanum).



 


Merle d'Amérique : William H. Majoros, CC BY-SA 3.0
Merle d'Amérique : William H. Majoros, CC BY-SA 3.0

Il est important de savoir que ce ne sont pas toujours tous les individus d'une même population qui migrent. Parfois, certains restent sur place. Cela s'appelle la migration partielle.


C'est le cas, au Québec, du merle d'Amérique et de la bernache du Canada. Généralement, ces espèces sont migratrices, mais on les voit régulièrement en hiver au Québec (dans le sud de la province du moins).



Bruant à gorge blanche : GrrlScientist, CC BY-SA 3.0
Bruant à gorge blanche : GrrlScientist, CC BY-SA 3.0

Il y a également un type de migration, nommé migration différentielle, lors de laquelle les individus de la même espèce ne migrent pas tous aussi loin.


Le bruant à gorge blanche est une espèce québécoise qui présente ce type de migration : mâles et femelles ne migrent pas à la même latitude. Il y a donc des régions où on y trouve seulement des mâles, et d'autres seulement des femelles.



Monarques en migration: Douglas Mills, CC BY-NC-ND 2.0
Monarques en migration: Douglas Mills, CC BY-NC-ND 2.0

Pour terminer, certaines espèces effectuent une migration échelonnée sur plusieurs générations. Ce ne sont donc pas les mêmes individus qui font l'aller et le retour dans ces migrations qu'on dit intergénérationnelles. Ce phénomène, beaucoup plus rare, s'observe notamment chez le monarque.



Par tous les moyens...


Quand on pense à la migration, on a tout de suite l'image d'une envolée de bernaches en tête. Mais bien que les oiseaux migrent effectivement en volant, la migration ne se fait pas uniquement par voie aérienne.


Plusieurs espèces de mammifères, reptiles et amphibiens, étant dans l'incapacité de voler, optent pour une migration terrestre. Ils peuvent ainsi parcourir de plus ou moins longues distances à la marche.


Il ne faut pas oublier les grandes migrations que peuvent entreprendre les espèces aquatiques, telles que les poissons et les baleines.

Rémoras : Albert Kok, CC BY-SA 3.0
Rémoras : Albert Kok, CC BY-SA 3.0

Il y a même des animaux qui migrent sans le faire volontairement. C'est ce qu'on appelle la migration passive.


Les exemples de migrations passives sont les parasites d'animaux migrateurs, ainsi que certains animaux qui utilisent d'autres animaux comme moyen de transport ­ un phénomène nommé phorésie.


Le rémora, un poisson qui s'accroche aux requins à l'aide d'une ventouse sur sa tête, est un exemple connu de phorésie et de migration passive. Il suit le requin dans ses migrations. Certains animaux migrateurs effectuent le trajet en grands groupes, en petits groupes, ou encore seuls. Certains vont suivre les grands cours d'eau comme les fleuves, alors que

d'autres vont traverser déserts et océans. Certains voyagent de jour, d'autres de nuit.


D'ailleurs, les oiseaux qui volent de nuit s'orientent notamment grâce aux étoiles. La pollution lumineuse cause des morts massives d'oiseaux qui entrent en collision avec les bâtiments illuminés ou les écrans publicitaires. Un peu à la manière des insectes qui tournoient autour des ampoules, les oiseaux, ayant évolué pour s'orienter grâce à des astres situés à des années ­lumières de nous, ne s'attendent pas à en rencontrer un... C'est ce qui explique entre autres les collisions.


Si vous voulez aider la faune migratrice et la nature en général, limitez vos émissions de lumière la nuit. :)


Pourquoi migrer?


La migration représente une énorme dépense d'énergie et comporte de nombreux dangers pour les animaux migrateurs. Il faut donc que les risques en vaillent la peine. La migration étant saisonnière, elle est généralement en lien avec l'alimentation et la reproduction.



Chicot en hiver : Jessica Bayard, Domaine public
Chicot en hiver : Jessica Bayard, Domaine public

Le Québec étant couvert de neige plusieurs mois par année, il devient difficile pour les animaux de trouver de la nourriture au sol, sans oublier que les plantes, insectes et autres animaux à sang froid sont en ''dormance'' pour l'hiver. Migrer vers des régions plus chaudes permet d'avoir accès à beaucoup plus de nourriture.


Mais pourquoi ne restent-ils pas toujours dans les tropiques me direz­-vous? Eh bien dans le nord,les ressources abondent tout de même en été, et les régions tropicales sont déjà très peuplées de toutes sortes d'espèces (justement en raison de la météo plus clémente).


En migrant vers le nord pour l'été, les animaux migrateurs sont confrontés à moins de compétition pour les ressources alimentaires et les sites de reproduction que s'ils ne migraient pas. Comme le dicton le dit si bien, la nature a horreur du vide...



Grande oie des neiges : Greg Schechter, CC BY 2.0
Grande oie des neiges : Greg Schechter, CC BY 2.0

De plus, il y a généralement moins de prédation dans les régions tempérées, ce qui est un avantage non négligeable en période de reproduction.


La migration permettrait également de limiter la propagation de parasites, qui peuvent plus facilement trouver leurs hôtes dans les milieux densément peuplés.




 

Sterne arctique : Victor, CC BY-NC-ND 2.0
Sterne arctique : Victor, CC BY-NC-ND 2.0

Saviez-­vous que... La sterne arctique,une espèce qu'on retrouve au Québec, est l'animal ayant la plus longue migration au monde? Elle détient ce record avec le puffin fuligineux, un autre oiseau marin qu'on peut rencontrer au Québec. La sterne arctique niche dans le nord de l'Arctique en été, mais migre vers le sud pour rejoindre l'Antarctique en hiver (alors que là­-bas, c'est l'été). Ce trajet représente 20 000 km, qu'elle effectue en 2 ou 3 mois environ. On estime qu'au cours de sa vie (plus de 20 ans), la sterne arctique aura parcouru environ 800 000 km, ce qui correspond à un trajet aller­-retour sur la lune!


Sterne arctique distribution : Andreas Trepte, CC BY-SA 2.5
Sterne arctique distribution : Andreas Trepte, CC BY-SA 2.5
 

La migration des animaux québécois


Voici des exemples de divers animaux migrateurs qu'on retrouve au Québec. Vous en connaissez déjà quelques ­uns, mais certains pourraient vous surprendre.


Les oiseaux et la migration


Évidemment, on ne peut pas parler de migration sans parler d'oiseaux. Les déplacements de nos amis ailés sont si ancrés dans notre culture qu'on en a même fait des expressions, dont ''L'hirondelle ne fait pas le printemps...''.


Par contre, tous les oiseaux ne migrent pas. En fait, on peut les diviser en quatre catégories :

  • ­Nicheur : oiseau qui niche et élève ses oisillons sur le territoire

  • ­Migrateur : oiseau de passage sur le territoire uniquement lors des migrations

  • ­Hivernant : oiseau seulement présent sur le territoire en hiver

  • ­Résident : oiseau habitant en permanence sur le territoire

Voici un exemple d'espèce de chaque catégorie pour la grande région de Montréal (si vous êtes situés ailleurs au Québec, ce n'est peut-­être pas la réalité de votre milieu).



Carouge à épaulettes : APR Archive, CC BY-NC-ND 2.0
Carouge à épaulettes : APR Archive, CC BY-NC-ND 2.0

Nicheur : Carouge à épaulettes

Il niche au Québec, mais migre plus au sud en hiver. Cet oiseau ne quitte pas l'Amérique du Nord.








Bruant fauve : Factumquintus, CC BY-SA 3.0
Bruant fauve : Factumquintus, CC BY-SA 3.0

Migrateur : Bruant fauve

On l'aperçoit en migration, lors de ses allers­retours entre la forêt boréale, où il niche, et ses aires d'hivernage, sur la côte est américaine notamment.







Plectrophane des neiges : Hai Trachtenberg, CC BY-NC 2.0
Plectrophane des neiges : Hai Trachtenberg, CC BY-NC 2.0

Hivernant : Plectrophane des neiges

Il niche dans l'extrême nord québécois, mais est présent le long du fleuve St­Laurent jusque dans le sud du Québec en hiver.








Cardinal rouge : Tom Murray, CC BY-NC 2.0
Cardinal rouge : Tom Murray, CC BY-NC 2.0

Résident : Cardinal rouge

Cette espèce est présente toute l'année dans le sud du Québec.









Les mammifères et la migration


Au Québec, on rencontre des mammifères qui migrent par les trois voies : aérienne, terrestre et maritime.



Chauve-souris cendrée : Paul Cryan, Domaine public

Chauve­-souris cendrée

Elle migre vers le sud des États-­Unis et les Caraïbes pour passer l'hiver.











Caribou : Paul Asman and Jil Lenoble, CC BY 2.0
Caribou : Paul Asman and Jil Lenoble, CC BY 2.0

Caribou migrateur

Il migre des aires de mise bas dans l'extrême nord du Québec vers les aires d'hivernage, à l'est de la baie James (700 km pour les femelles au printemps).






Rorqual à bosse : Department of Environment and Primary Industries, CC BY-NC 2.0
Rorqual à bosse : Department of Environment and Primary Industries, CC BY-NC 2.0

Rorqual à bosse

Il migre des lieux de reproduction dans les Caraïbes vers l'Atlantique nord au printemps (5500 km).






Les insectes et la migration



Monarque : Texas Eagle, CC BY-NC 2.0
Monarque : Texas Eagle, CC BY-NC 2.0

Monarque

Migration intergénérationnelle. La première génération quitte ses lieux d'hivernage au Mexique vers le nord. En chemin, les papillons se reproduisent, pondent puis meurent. Cette deuxième génération, née aux États­-Unis, poursuit la migration vers le nord entreprise par ses parents. Arrivés au Québec, ces papillons se reproduisent et meurent. Leurs descendants, la troisième génération, naît au Québec et à l'automne, migre vers le sud jusqu'au Mexique pour l'hiver (5000 km). Au printemps, ces mêmes papillons se reproduisent et migrent en sens inverse vers le nord. Ils pondent et meurent en chemin.



Anax précoce : TexasEagle, CC BY-NC 2.0
Anax précoce : TexasEagle, CC BY-NC 2.0

Anax précoce

Migration intergénérationnelle. La première génération migre des Caraïbes, du Mexique et du sud des États-­Unis vers le nord, pour atteindre notamment le sud du Québec en mai pour s'y reproduire (650 km). La deuxième génération naît au Québec et migre vers le sud (Caraïbes, Mexique et sud des É-U) en automne (680 km). Elle y pond ses œufs et la 3e génération naît dans le sud. Elle ne migre pas, mais elle se reproduit sur place et c'est sa descendance qui effectuera la migration vers le nord.


Les poissons et la migration


Les poissons peuvent vivre exclusivement en eau douce ou en eau salée, mais certaines espèces fréquentent les deux types de milieux.


Les poissons anadromes vivent en eau salée, mais retournent dans les rivières d'eau douce pondre leurs œufs.


À l'inverse, les poissons catadromes vivent en eau douce, mais vont en mer pondre leurs œufs en eau salée.



Saumon atlantique : William Hartley, Domaine public
Saumon atlantique : William Hartley, Domaine public

Saumon atlantique

Anadrome. Il vit dans l'océan Atlantique nord, tant en zones côtières qu'en haute mer. À l'automne, il remonte le fleuve St­ Laurent jusqu'à sa rivière natale, où il se reproduit. Contrairement au saumon du Pacifique, il survit à la reproduction et retourne en mer après la ponte. Les jeunes saumons vivent de 2 à 5 ans en rivière avant de migrer vers l'océan. Certains migrent pour se reproduire après seulement un hiver en mer, alors que d'autres attendent 2 ou 3 ans.



Anguille d'Amérique : Florida Fish and Wildlife, CC BY-ND 2.0
Anguille d'Amérique : Florida Fish and Wildlife, CC BY-ND 2.0

Anguille d'Amérique

Catadrome. Elle vit dans les lacs et les rivières du Québec. Elle migre en eau salée pour aller se reproduire dans la merdes Sargasses. Il s'agit de la seule mer sans rivages, située dans l'Atlantique à l'est des États­-Unis. Cette zone de l'océan est couverte d'algues flottantes nommées sargasses, d'où le nom de cette mer. Les larves naissent et se font emporter par le courant du Gulf Stream vers la côte est américaine, un voyage qui dure 1 an. On pense que les anguilles meurent après s'être reproduit, entre l'âge de 5 à 20 ans.


Les amphibiens et la migration


Les amphibiens québécois n'entreprennent pas de véritables migrations. Cependant, plusieurs espèces se déplacent chaque printemps jusqu'à leur étang de reproduction pour s'accoupler et pondre. Leur déplacement va jusqu'à quelques centaines de mètres pour les salamandres, et parfois plusieurs kilomètres pour les crapauds et grenouilles terrestres.


Salamandre à points bleus : Jessica Bayard
Salamandre à points bleus : Jessica Bayard

Les reptiles et la migration


Mise à part la tortue luth, qu'on peut rencontrer dans les eaux québécoises et qui peut migrer sur 5000 km dans l'océan, nos reptiles se déplacent peu. La couleuvre rayée peut tout de même se déplacer jusqu'à 17 km pour rejoindre son hibernacle, et on parle de plus de 25 km entre le site de ponte et d'hivernage de la tortue­ molle à épines.



Tortue-molle à épines : Mark Watson, CC BY-NC-ND 2.0
Tortue-molle à épines : Mark Watson, CC BY-NC-ND 2.0

Voilà qui termine le numéro du mois de novembre!



Grande oie des neiges : Éric Bégin, CC BY-NC-ND 2.0
Grande oie des neiges : Éric Bégin, CC BY-NC-ND 2.0

Profitez de la fin de l'automne pour observer les animaux en migration : à tous les matins, je vois encore des groupes de bernaches se reposer dans les champs.


Si je retiens une chose de ce sujet, c'est que finalement on se plaint pour peu de choses en matière de transport... Il suffit de penser aux 20 000 km de migration de la sterne arctique haha! Je ne crois pas qu'elles aient d'embouteillage par contre...


Allez,on se retrouve en fin décembre! Passez un beau temps des fêtes d'ici là!




 




Image de couverture: Bernaches du Canada, Putneypics, CC BY-NC 2.0

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